Tribune] Regrette-t-on Alpha Condé… (Par Cheick A. Tidiane Diallo)

Print Friendly, PDF & Email


Dans toute vie, le changement est applaudi dans l’espoir d’un meilleur lendemain. Mais, dès que cet espoir devient un désespoir, la nature humaine regrette la situation précédente. Au regard du contexte actuel de notre pays, qu’ils soient politiciens, administrateurs, partenaires, citoyens, tous affirment regretter le régime déchu d’Alpha Condé, malgré tout ce qui lui a été reproché.
Pour ce faire, il suffit de se baser sur certains faits, notamment l’absence d’efforts pour pérenniser des acquis de la gouvernance précédente, parfois foulés aux pieds. Par le fait donc de l’amateurisme et de l’incompétence de la nouvelle direction du pays et de ses acolytes, la République de Guinée se porte aujourd’hui très mal.
Sur le plan des droits de l’Homme : la démocratie est grippée
Une croisade injustifiée est lancée contre la classe politique, notamment les grandes formations politiques, et les dignitaires du régime précédent. Conséquences, emprisonnements politiques de certains et d’autres sont contraints à un ‘‘exil forcé’’. Pourtant, l’un des slogans le 5 septembre 2021 étaient qu’il n’y ‘‘aura pas de chasse aux sorcières’’.
La contradiction est interdite ; tu n’es pas du même esprit que nous, tu es contre nous ! (En version militaire). La plupart des prisonniers du CNRD le sont par le fait d’avoir critiqué la gestion de la transition ou d’avoir exprimée une opinion contraire à celle du CNRD.
Tenez, bien que consacré par la Charte de la transition, les manifestations de rue sont interdites, pas pour cause de COVID-19, mais parce que l’on veut désavouer le déroulement de la transition par le CNRD.
La présomption d’innocence est renvoyée aux calendes grecques. Avec le CNRD, une fois que le parquet général vous déclare coupable, vous le devenez contre vents et marées.
Parfois les interpellations sont musclées ; l’on a encore en mémoire les conditions d’interpellations de membres du FNDC, le 5 juillet dernier, en plein conférence de presse, à leur siège, à la demande de Charles Wright, à l’époque des faits, Procureur général près la Cour d’appel de Conakry. Par cet acte, le très bouillant magistrat a été bombardé Garde des sceaux, Ministre de la Justice et des Droits de l’Homme. Son décret de nomination a été publié quelques heures après qu’il ait perdu le procès contre les trois membres du FNDC, le 8 juillet.
Le pire aujourd’hui est qu’à défaut de la nomination de son remplaçant, Procureur général, il apparaît que Charles Wright continue à cumuler les deux fonctions. Pour preuve, bien que Ministre, il continu encore à annoncer des poursuites judiciaires, notamment contre ses prédécesseurs Ministres.
Avec la restriction de la liberté d’expression, celle de la presse est automatique menacée. A ce niveau, les efforts consentis depuis 2019, et qui ont fait gagner à la République de Guinée 25 places dans le classement annuel de Reporter Sans Frontière (109ème à la 84ème place), sont en passe d’être dans la poubelle. Et, le colonel Mamady Doumbouya ne défend plus la liberté de presse.
Sur le plan social
Le revenu du Guinéen continu de baisser et son pouvoir d’achat est plus qu’inexistant. Pour les fonctionnaires du service public, jusqu’au début de l’arrivée du CNRD, les salaires (virement et billetage) étaient payés avant le dernier jour du mois suivant. Aujourd’hui, il arrive que ceux qui sont au billetage perçoivent leurs salaires durant la deuxième semaine du mois suivant.
Le recrutement annoncé au début de l’année à la fonction publique, est désormais aux oubliettes. Dans le privé, les espoirs d’emploi s’amenuisent.
Parlant d’emploi, l’annonce par le gouvernement guinéen, le 4 juillet, de l’arrêt des activités du projet Simandou est un autre coup dur pour de nombreuses familles. Quelques soient les raisons, on apprend que plus de 15 milles emplois sont affectés, aussi, le pays risque de rater la réalisation rapide d’un chemin de fer qui doit appartenir au patrimoine national.
La hausse des prix du carburant à la pompe a fouetté un coût de la vie déjà intenable pour les concitoyens de la junte. Comme on le sait, l’augmentation du prix du litre à la pompe rime avec la hausse des prix sur les marchés et dans les transports. Surtout que cette dernière augmentation est intervenue de façon unilatérale. Conséquence, les prix aussi ont flambé de façon unilatérale.
L’un des secteurs où l’on ne cherche pas à pérenniser les acquis de la gouvernance précédente, est celui de l’éducation, devenu une déception nationale. Les résultats catastrophiques des examens nationaux de fin de cycle primaire et secondaire 2022 sont les pires jamais enregistrés dans notre pays (BEPC : 35,08% en 2021 contre 15,04% en 2022, BACC : 25,36% en 2021 contre 9,37% en 2022).
La reprise des délestages est un autre choc pour les populations du Grand Conakry. Si on croyait que les délestages d’électricité étaient révolus, au grand dam de tous, ils sont de plus en plus fréquents, depuis au moins quatre mois, même en cette période hivernale.
Désormais, l’on craint que la SEG ne veuille emboiter les pas à EDG ; les quartiers qui connaissent difficilement l’assèchement du robinet vivent de plus en plus cette réalité.
Sur le plan économique
Deux facteurs majeurs expliquent en grande partie la situation actuelle de notre pays : les non-dits sur les réserves de la Banque centrale avant et après le 5 septembre 2021 et les sanctions économiques suite au coup d’Etat.
Les sanctions de principe suite à un coup d’Etat pèsent énormément sur notre économie. Pour rattraper les pertes, la douane est mise à contribution. 75% de hausse pour le dédouanement des véhicules. Avant le 5 septembre 2021, pour dédouaner un conteneur 20 pieds, il fallait environ 40 millions GNF. Fin avril 2022, il faut plus de 110 millions GNF pour dédouaner le même type de conteneur. Le port de Conakry est aujourd’hui le plus cher de la sous-région. Pourtant, il a été consacré meilleur port de la sous-région en 2021. A cette allure, quel sera son rang cette année ? Justement, notre Port était devenu attractif au point que par semaine, on dépotait au moins 4 milles conteneurs. Aujourd’hui, difficilement, on enregistre 200 conteneurs par semaine. Malheureusement, il est demandé à la douane de mobiliser encore plus de recettes ; d’où la hausse des tarifs.
En ce qui concerne la Banque centrale, les observateurs sont unanimes que l’ancien Gouverneur de la BCRG, Lounceny Nabé, est victime de son discours de passation de service, annonçant l’héritage que son équipe laissait à celle rentrante.
Bref, ce tableau de bord n’est pas exhaustif de la situation actuelle de notre pays, comparer à l’ère Alpha Condé.
Il est la conséquence de vouloir effacer toutes les traces du régime précédent, parce qu’on lui voue du mépris et une haine viscérale, même si le Colonel et son équipe sont des produits de ce système.
Et, voilà que le CNRD, lui-même, a créé les conditions nécessaires pour la réussite de toute manifestation de rue. Toutes les couches de la société guinéenne ont eu leur part ; même l’ancien parti au pouvoir (RPG-AEC) est désormais prêt à accompagner toute initiative qui s’oppose à la gouvernance du CNRD.
Aujourd’hui, doit-on croire encore à l’appel du colonel Doumbouya, affirmant qu’il faut ‘‘éviter les erreurs du passé’’ ? Malheureusement, elles sont reprises aujourd’hui de la pire des manières.
L’autre question est de savoir aujourd’hui si Mamadi Doumbouya sera la réplique du vaillant capitaine Dadis Camara ? La réponse pour bientôt !

Cheick Ah. Tidiane DIALLO

Laisser un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.