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[Tribune] Restaurer l’autorité de l’Etat ne signifie pas restreindre les libertés fondamentales des citoyens

Dans une démocratie apaisée et participative : le rapport de force entre les acteurs sociopolitiques, l’adversité des idées et des opinions, représentent inéluctablement les piliers qui corroborent le système démocratique d’un pays. En effet, notre système démocratique, tel que nous montrent les acteurs politiques semble être mal compris et mal interprété, non seulement d’un point de vue éthique mais aussi fonctionnel dans la pratique des politiciens. C’est pourquoi, il est une impérieuse nécessité de procéder à un petit éclairage sur un certain nombre de principes de la démocratie pour l’équilibre de notre société contre les tentations extrémistes et divisionnistes. Pour ce faire, notre réflexion sera focalisée en premier essor sur la restauration de l’autorité de l’Etat (i), l’analyse sur l’exercice des libertés individuelles ou collectives des citoyens et la responsabilité des partis politiques dans l’éducation politique des militants (ii).

La République de Guinée à l’instar des autres pays africains se sont vus submergés par cette vague de démocratisation déclenchée au lendemain des indépendances sans pour autant chercher à comprendre les règles du jeu. Mais comme dit un adage africain : ‘’On ne peut ramasser l’eau déjà versée sur terre’’. Cela étant, essayons de comprendre d’abord, la musique (la démocratie) ensuite ses mélodies (ses principes) avant de nous y mettre à danser aveuglement.

D’une manière laconique, la démocratie est perçue comme le système qui garantit la stabilité socio-économique et le respect des droits fondamentaux de la population. Mais très malheureusement, le problème oscille en Guinée autour du rapport entre l’Etat et les citoyens d’une part, la méconnaissance des textes qui régissent le fonctionnement de la société d’autre part.

De nos jours, il est évident que les grands systèmes démocratiques de type ‘’occidental’’ appliqués dans la quasi-totalité des pays africains sont confrontés aux véritables problèmes, qui sont à la fois structurels et fonctionnels compte tenu de l’avènement des grandes mutations politiques et des dynamiques sociales auxquelles les différents pays sont confrontés, y compris certaines puissances occidentales. Parmi ces obstacles majeurs auxquels ils (systèmes démocratiques) se heurtent : la restauration de l’autorité de l’Etat devant la versatilité des masses populaires (société civile et les militants) et la radicalisation de certains acteurs sur l’échiquier  politique  occupent le sommet de la pyramide. C’est pourquoi, une analyse normative sur cette dichotomie me paraît indispensable.

I – La restauration de l’autorité de l’Etat :

Qu’appelle-ton restaurer l’autorité de l’Etat ? Au regard des séries de crises qui secouent notre pays dans ces deux dernières décennies, liées à l’amélioration des conditions de vie de la population ou les désaccords entre les acteurs sociopolitiques; nous pouvons en déduire que la préoccupation majeure de l’Etat reste et demeure focalisée sur le maintien de la paix et le respect de l’ordre publique dans l’exercice des droits fondamentaux des citoyens. En application des articles 7 et 10 de la constitution guinéenne du 10 mai 2010, qui garantissent à tous les citoyens sans distinction aucune, le droit d’exprimer leurs opinions et manifester leurs mécontentements vis-à-vis de la gestion de l’Etat. A cet égard, l’Etat se trouve dans l’obligation face à l’exercice de ce droit consacré par la constitution, de veiller à l’encadrement de ces manifestations, y compris les manifestants ; de garantir leur sécurité à travers les forces de l’ordre et de sécurité en lieux et place des forces de défense (comme c’est cela il s’agit dorénavant). En outre, il doit veiller aussi au respect de l’ordre public permettant à chaque citoyen de circuler librement. Sur ce, est-ce qu’il faut un gouvernement ‘’fort’’ pour appliquer la loi ? Donner force à la loi pour que règne la paix et la justice sociale? Telles sont les questions qui méritent une longue réflexion et qui feront d’ailleurs l’objet d’une autre tribune. Mais à l’heure qui fait, l’Etat guinéen n’a et ne trouvera aucun argument pour justifier la restriction des libertés fondamentales des citoyens ; notamment celles consacrées par la constitution (le droit de manifester). Il doit au contraire fournir les moyens nécessaires, d’initier les formations adéquates pour la professionnalisation des forces de l’ordre et de sécurité dans l’exercice de leurs fonctions sans interdire systématiquement ces manifestations. Faillir à cette responsabilité régalienne, équivaut à une violation flagrante des principes de la démocratie.

II – L’analyse sur l’exercice des libertés individuelles ou collectives et la responsabilité des partis politiques dans l’éducation des militants pour la culture démocratique en République de Guinée:

S’il est vrai que la « la liberté d’un individu s’arrête là où commence celle des autres », c’est un secret de polichinelle que le peuple de Guinée est loin au rendez-vous de cet idéal démocratique eu égard aux actes de vandalismes et de violences que se livrent les manifestants à l’occasion de chaque manifestation organisée par l’opposition ou la société civile. Il est désormais une pratique courante des acteurs sociopolitiques de notre pays de manipuler certains articles de la constitution qui sont en leur faveur; notamment les fameux articles 7 et 10 de la constitution. Ils ignorent sans vergogne ceux qui engagent leurs responsabilités dans l’organisation de ces manifestations intempestives. Or, l’article 3 de la même constitution engage la responsabilité des partis politiques, qui stipule dans son alinéa 1 : «  les partis politiques concourent à l’éducation politique des citoyens ‘’militants’’…». Cela suppose que les partis politiques doivent jouer un rôle important dans la lutte contre le recours de la violence à l’occasion des différentes manifestations. Plus loin, l’alinéa 2 du même article stipule que : « les partis politiques doivent également respecter les principes de la souveraineté nationale et de la démocratie, l’intégrité du territoire et de l’ordre public…». Aujourd’hui, il est plus que jamais indispensable que les acteurs sociopolitiques, y compris les citoyens de tous les bords politiques participent à la consolidation de l’unité sociale, de la quiétude sociale et de la paix afin de propulser le processus de développement socioéconomique du pays. Pour moi, quand les politiques veulent, ils peuvent beaucoup. Mais s’éterniser dans des crises interminables, c’est compromettre l’avenir de la jeunesse.

Aly Souleymane Camara

Analyste politique et professeur de philosophie

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