Un chimpanzé nait dans la réserve de Bossou, une première depuis des années

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Une femelle fait un petit tous les quatre ou cinq ans. “Cette seule femelle ne sera pas capable de reproduire la dynamique sociale du groupe”, dit Dr. Aly Gaspard Soumah, directeur de l’Institut de recherche environnementale de Bossou.

La réserve de Bossou en Guinée vient d’enregistrer la naissance pour la première fois depuis des années d’un bébé chimpanzé, lueur d’espoir face à la menace d’extinction de l’espèce sur ce site naturel unique.

Des guides de la réserve ont observé la semaine passée que Fanle, l’une des femelles, tenait sur son ventre un tout petit, a indiqué par téléphone à l’AFP Aly Gaspard Soumah, directeur de l’Institut de recherche environnementale de Bossou, dans l’est de la Guinée aux confins de la Côte d’Ivoire et du Liberia.

“Il n’y a pas de doute” puisque les guides ont pu approcher Fanle: “il y a trois jours, on a pu confirmer le sexe avec des jumelles parce (qu’elles) étaient dans les arbres: c’est une femelle”, a-t-il dit.

Si Fanle a laissé approcher les guides chargés du suivi de la population, c’est à cause de la relation entre les singes et les hommes qui confère son caractère exceptionnel à Bossou, explique le docteur Soumah: les chimpanzés vivent à l’état sauvage, mais depuis des générations partagent le territoire et la ressource avec les hommes. Ces derniers les considèrent comme la réincarnation de leurs ancêtres et les protègent de la destruction.

Bossou est aussi l’un des premiers lieux où a été établi scientifiquement l’emploi d’outils par les chimpanzés, des pierres faisant marteau et enclume pour casser les noix de palme.

Bossou fait partie de la réserve du Mont Nimba, à cheval entre Côte d’Ivoire et Guinée et incrite sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco en raison de l’originalité et la diversité de sa flore et sa faune.

Seulement, les chimpanzés de Bossou sont menacés d’extinction. Si leurs congénères sont plus nombreux ailleurs dans la réserve, à Bossou même ils n’étaient plus que sept: trois mâles et quatre femelles, parmi lesquelles trois ont une soixantaine d’années et ne sont plus capables de se reproduire.

Seule Fanle, âgée d’une trentaine d’années, est encore fertile. Le papa est soit Fouaf, le mâle dominant, soit Jéjé, tous deux âgés d’une quarantaine d’années. Le plus jeune mâle a huit ans.

“Dynamique sociale”

Jusqu’en 2003, le groupe a été relativement stable autour de 21 individus, dit le Dr Soumah.

Mais il a perdu sept membres de la grippe en 2003.

Il souffre aussi de l’activité des hommes. Les populations locales vivent traditionnellement de l’agriculture itinérante sur brûlis. Bossou a préservé un bloc forestier de 320 hectares, mais la déforestation alentour a coupé Bossou du reste des chimpanzés sur les pentes du Mont Nimba.

“C’est un isolement géographique et génétique”, dit le Dr Soumah. Les femelles entre 8 et 12 ans quittent Bossou pour rejoindre d’autres groupes, y compris en traversant la savane habitée. Mais “c’est une migration à sens unique”, les autres chimpanzés répugnant à s’aventurer à découvert.

Une femelle fait un petit tous les quatre ou cinq ans. “Cette seule femelle (Fanle) ne sera pas capable de reproduire la dynamique sociale du groupe”, constate le Dr Soumah.

Avec des soutiens étrangers, japonais par exemple, la réserve cherche des solutions. “La première, c’est de créer un couloir de migration” planté d’arbres qui permette aux chimpanzés de se déplacer entre les groupes dans les deux sens, dit-il. Onze hectares de forêt ont été plantés en 2020, 26 hectares doivent l’être en 2021.

L’alternative, c’est de réintroduire de jeunes femelles. L’idée a ses partisans, mais aussi ses détracteurs “qui pensent que c’est un groupe sauvage, qui doit connaître sa destinée naturelle”, dit le Dr Soumah.

En apprenant la naissance, “les habitants, jeunes et vieux, hommes et femmes, ont laissé éclater leur joie dans une ambiance indescriptible”, rapporte-t-il.

Le bébé n’a pas encore de nom. “On va inviter les notabilités, les autorités locales, les partenaires avec qui nous travaillons pour lui (en) donner un”, dit le Dr Soumah.

Source : VOA/AFP


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