L’universitaire guinéen Mamoudou Barry tué près de Rouen : le mobile raciste retenu

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LE PARISIEN- Mamoudou Barry, 29 ans, a été tué en juillet 2019. Selon nos informations, le caractère raciste de son agression est avéré pour la juge. Elle a entendu son auteur présumé, qui souffre de troubles psychiatriques.

« Trois coups de poing et deux coups de pied, je voulais juste prendre mon bus tranquillement ». C’est la réponse déconcertante faite par Damien Aktas, 30 ans, à la juge d’instruction qui interrogeait le suspect sur le nombre de coups portés à Mamoudou Barry, un enseignant franco-guinéen, tué le 19 juillet dernier, à Canteleu, dans la banlieue de Rouen (Seine-Maritime). La mort gratuite de ce jeune chercheur en droit de 29 ans avait créé un choc dans la communauté enseignante rouennaise où il était très apprécié. Beaucoup en France avaient dénoncé un meurtre raciste.

Identifié grâce aux images de vidéo surveillance et aux déclarations de témoins, le suspect avait été interpellé trois jours après le décès de l’enseignant. Mais le jeune franco-turc avait été hospitalisé en cours de sa garde à vue en raison de son état de santé mentale. Depuis, la justice n’avait pas été en mesure de sonder son geste. Sans profession et sous curatelle renforcée, il est détenu en unité psychiatrique. Mais, selon nos informations, Damien Aktas a finalement été entendu, le 30 janvier dernier, et mis en examen pour « violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner » avec comme circonstance aggravante le caractère raciste de l’acte.

Insultes sur les noirs et gestes obscènes

Le 19 juillet 2019, Mamoudou Barry circulait en voiture avec son épouse quand il a été pris à partie par le suspect qui se tenait à un arrêt de bus et prononçait des insultes racistes à la cantonade. Très agressif, l’homme a alors pointé du doigt l’épouse du chercheur et, prononcé, selon plusieurs témoins, des insultes, sur les noirs et les femmes, accompagnant ses paroles par des gestes obscènes.

L’enseignant a alors garé son véhicule un peu plus loin pour aller parler à celui qui venait de l’agresser verbalement. Selon un témoin, le chercheur s’est approché de l’agresseur en lui disant : « Pourquoi vous parlez mal comme ça des femmes ? » Mamoudou Barry a alors immédiatement reçu un violent coup du poing gauche et un autre du droit sur le haut du corps qui l’ont fait chuter sur la route. Ensuite l’agresseur a asséné un coup de pied dans le dos de la victime qui était encore au sol. Celle-ci se relevant, elle a été attrapée par le maillot et est retombée au sol, d’où elle n’a plus jamais bougé.

« Ça, c’est des conneries, tout ça c’est des conneries. Il est arrivé, il m’a insulté » s’est défendu Damien Aktas lors de son audition très succincte, que nous avons pu consulter. Il reconnaît avoir porté les coups à la victime, mais nie le caractère raciste de son geste, tout en prononçant maladroitement des insultes discriminatoires devant la juge.

Un suspect pénalement irresponsable ?

« Concernant la teneur raciste de vos déclarations. Qu’avez-vous à dire ? » interroge la juge. « J’ai dit : Sale pédé de noir et c’est tout » répond le suspect. « Pourquoi avez-vous dit ça ? » demande alors la juge. Réponse : « Parce qu’il est mort et c’est tout » […] « Ça aurait pu être un arabe, un blanc, un noir. […] Il était mort, j’étais énervé. »

Dans quel état physique et psychique se trouvait l’auteur au moment des faits ? Une expertise psychiatrique pour déterminer si son discernement était « aboli » est toujours en cours. Si tel était le cas, Damien Aktar serait dès lors considéré comme pénalement irresponsable et pourrait donc échapper à un procès.

« La question reste celle du discernement du mis en examen, point sur lequel j’observe qu’il a déjà fait l’objet de plusieurs procédures pénales dans lesquels cette question n’a curieusement jamais été posée » relève Me Antoine Vey, l’avocat de l’épouse de la victime. « La famille espère simplement que le crime qui a conduit à la disparition de Monsieur Barry ne sera pas impuni et sera justement qualifié ».

Source : Le Parisien

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